Culte du 20190210

Cantiques: psaume 81 : 1, 2, 3, cantiques 22/08 : 1, 2, 3 et 37/01 : 1, 2, 4.

Lecture : Néhémie 6 :1-9

Lorsqu’on apprit à Sânballat, à Toviya, à Guèshem l’Arabe et au reste de nos ennemis que j’avais reconstruit la muraille et qu’il n’y restait plus de brèche, je n’avais pas encore, à ce moment-là, posé les battants des portes. Sânballat, ainsi que Guèshem, m’envoya dire : « Viens. Ayons une entrevue à Kefirim, dans la vallée d’Ono. » Ils avaient la pensée de me faire du mal. Je leur envoyai des messagers pour leur dire : « Ce que je fais est une œuvre considérable, et je ne peux pas descendre. Pourquoi l’ouvrage cesserait-il lorsque je le quitterai pour descendre vers vous ? » Ils m’envoyèrent quatre fois le même messager, et je leur fis la même réponse. Une cinquième fois, encore pour le même message, Sânballat m’envoya son serviteur portant en main une lettre ouverte. Il y était écrit : « Parmi les nations, on entend dire – et Gashmou le dit – que toi et les Juifs, vous avez la pensée de vous révolter et que, pour cette raison, tu bâtis la muraille pour devenir leur roi, selon ces dires. Tu as même mis en place des prophètes à Jérusalem pour proclamer à ton sujet : Il y a un roi en Juda ! – Et maintenant, on va l’apprendre au roi, d’après ces dires. Viens donc à présent, et tenons conseil ensemble. » Je lui envoyai dire alors : « Il n’y a rien qui corresponde aux paroles que tu dis ; c’est toi qui les inventes ! » Eux tous, en effet, voulaient nous effrayer en disant : « Leurs mains vont lâcher l’ouvrage, qui ne se fera jamais ! » – Et maintenant, fortifie mes mains !

Prédication           … « J’ai une grande œuvre à faire et je ne puis descendre… »

Chers amis,
Nous voici ce matin au tournant du cinquième siècle avant Jésus Christ. Il y a un siècle à peu près que le roi des Perses, Cyrus a permis aux juifs déportés à Babylone de retourner à Israël.
Bon nombre des exilés sont restés à Babylone, sans pour autant être captif. Ils y ont pris racine et y occupent parfois des positions enviables.
D’autres pourtant sont partis à Jérusalem. Avec enthousiasme ils ont pris la route du retour au pays de leurs ancêtres. Mais l’entreprise s’avère plus difficile que prévu. On peut facilement s’imaginer que le retour ou – si on veut – l’arrivée d’un bon nombre des descendants des anciens exilés provoquent des tensions au sein de la société. Menace la cohésion sociale. Le temps a évolué, a laissé ses traces. Non seulement ceux qui reviennent ont changé, ceux qui sont restés ont changé aussi. Ces derniers ont réussi, plus ou moins bien, à reconstruire leur vie. Et voilà des descendants des exilés qui reviennent. Avec d’autres coutumes, peut-être même parlant une autre langue. Avec des conceptions religieuses qui elles aussi ont changé, ont évolué au contact des païens, au milieu desquels ils ont vécu. A Jérusalem les rapatriés sont accueilli froidement, voire avec hostilité par ceux qui sont au pays : juifs et non-juifs. Ceux-ci craignent de perdre les biens qu’ils se sont appropriés de ceux et celles qui sont partis puis qu’ils n’attendaient pas leur retour. En plus ils voient en ceux et celles qui reviennent une caste de privilégiés, qui de surcroît ont développé une forme de culte sans le temple, alors que ceux qui sont restés en Judée prétendent avoir gardé l’authentique foi de leurs ancêtres. A Jérusalem, beaucoup suspecte les rapatriés de s’être contaminés, d’être devenus impurs. La situation des rapatriés est donc loin d’être heureuse. Leur vie est dure, à la limite de la pauvreté. Ils vivent au milieu des ruines qui pour l’instant ne se relèvent pas.
Des nouvelles alarmantes de Jérusalem parviennent à Babylon, à la communauté des exilés. Des nouvelles qui parviennent aussi à Néhémie.
Néhémie, lui est un haut fonctionnaire, probablement issu d’une famille des exilés qui s’est bien intégrée dans la société babylonienne. Il est échanson du roi perse Artaxerxés. C’est-à-dire fonctionnaire chargé de pourvoir aux vins de la table du roi. Il est pourtant plus qu’un sommelier. Il est aussi responsable de la sécurité du roi, chargé de goûter toute boisson avant que cette boisson soit servie au roi afin de déceler et d’empêcher le tentatives d’empoisonnement.
Bien que fonctionnaire d’un roi païen il reste juif du cœur. L’amour de son peuple, du pays de ses ancêtres, se manifestent dans la tristesse, dans la honte, dans l’émotion qu’il éprouve à l’annonce des mauvaises nouvelles concernant ses coreligionnaires en Judée. La solidarité avec son peuple le mène à porter le deuil, à jeûner. Et à prier. Une prière de repentance qui exprime non seulement sa solidarité avec son peuple mais aussi sa confiance en Dieu. Prière qui aboutit à la décision d’agir. A demander l’autorisation du roi des Perses de partir, d’aller à Jérusalem pour y effectuer des travaux de reconstruction. Autorisation qu’il obtient.
Une fois arrivé à Jérusalem Néhémie rassemble tous ceux qui ont un intérêt à la reconstruction des murailles et ensemble ils se mettent au travail au grand mécontentement des ennemis, des adversaires des juifs qui emploient plusieurs méthodes pour décourager les juifs dans leur tâche. Leur premier cible, bien sûr, est celui qui est à la tête de l’entreprise : Néhémie. Ils manœuvrent contre lui pour interrompre l’œuvre entreprise en l’invitant à une rencontre. Néhémie qui soupçonne leurs vraies intentions refuse de venir: « J’ai une grande œuvre à faire et je ne puis descendre… » Et ce refus, refus opiniâtre, il le formule à cinq reprises. Chaque fois que ces adversaires essaient de l’obliger de venir.
Quel est cette grande œuvre dont Néhémie parle ? Premièrement c’est la reconstruction des murailles, des remparts. C’est-à-dire donner priorité à la défense, à la protection contre les envahisseurs. Mais Néhémie sait aussi qu’il faut renforcer la cohésion sociale au sein de la communauté. C’est pourquoi il prend ensuite plusieurs mesures : il renoue avec une pratique envisagée par la loi de Moïse : il annonce une remise générale des dettes, un jubilé, afin que les pauvres ne soient pas accablés et ne soient pas exclus de la nouvelle société dont il rêve. Il est en quelque sorte l’initiateur d’une politique de solidarité et de sécurité sociale. Et tout cela porte des fruits. En 52 jours les murailles sont reconstruites, malgré tous les obstacles, malgré toutes les oppositions aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. La reconstruction des murailles, sa politique de solidarité n’ont qu’un seul but : la restauration de la communauté sur la seule base possible. La Parole de Dieu. Néhémie ne travaille pas pour sa gloire, et encore moins pour celle du roi des Perses. Il est avant tout un serviteur de Dieu. S’il a dressé des murailles, des remparts, c’est aussi pour protéger le temple dont on a entrepris la reconstruction quelques décennies auparavant. Et de ce temple, Néhémie veut faire le lieu où la parole de Dieu sera proclamée. Néhémie sait bien que c’est la parole de Dieu qui fera vivre chacun et chacune. Que c’est cette parole qui unit le peuple en une communauté de foi et de vie. Qui est à la base de l’identité du peuple, une identité brisée par l’exil, par la séparation pendant des longues années. C’est l’écoute commune de textes de la Torah qui répare leur histoire, qui les re-constitue. Qui est le rempart, le rempart principal, à l’abri duquel le peuple peut se reconstituer.
Chers frères et sœurs, voilà la situation il y a plus que 2000 ans en Judée. Alors la question se pose quel en est le sens pour nous ? Est-ce que ce texte nous a encore quelque chose à apporter ?
A mon avis, oui ! Je retiens trois aspects, trois éléments de ce récit de Néhémie.
D’abord je trouve dans ce récit des parallèles entre la société de Néhémie et la nôtre. Notre société occidentale vit aussi une époque des mutations profondes. Des changements économiques, technologiques, écologiques et démographiques. Non seulement l’arrivée des migrants mais aussi le fossé toujours grandissant entre riche et pauvre, un libéralisme débridé menacent la cohésion sociale au sein de notre société. Posés devant tous ces changements, qui sont autant de défis, nous nous retrouvons fragilisés, incertains. En cherchant des réponses, certains s’accrochent au passé ou à une identité soi-disant commune. D’autres cherchent des nouvelles directions, des nouveaux repères pour se reconstituer, pour reconstituer notre société.
Le même besoin de se reconstituer, de trouver des nouveaux chemins se présente aussi au sein des églises. De plus en plus de hommes et de femmes s’absentent. Ne croient plus ou ne peuvent plus croire au Dieu de Jésus. Combien d’entre eux pourtant se tournent vers d’autres religions plus exotiques ou des nouvelles formes de spiritualité qui leur promettent le zen, la tranquillité, l’épanouissement spirituel. Puis qu’ils cherchent toujours et parfois désespérément un sens à leur vie. Mais ce ne sont pas seulement les gens qui désistent, qui quittent l’église. Il faut aussi se poser la question si les églises ne désistent pas les gens ? Car parfois on a bien et bel l’impression que l’Eglise n’a plus de parole pour le monde, trop occupée par sa propre survie.

Il y a un grand œuvre à faire pour chacun et chacune de nous…

Ce qui me mène au deuxième aspect : l’engagement personnel. Avec Néhémie nous en avons un exemple éclatant. Concentrons-nous pour l’instant sur l’Eglise. Il ne peut y avoir d’Eglise sans engagement de ses membres. Comme Pierre l’écrit dans son premier épître : chacun de nous est une pierre vivante qui prend sa place dans la construction de la maison spirituelle. Chacun et chacune y est nécessaire : pasteurs, consistoires, membres. On a besoin de tous. Néhémie aurait pu continuer à mener sa vie à la cour du roi des Perses. Il y occupe une position importante. Ses qualités et ses talents ont fait de lui une personnalité reconnue. Mais Dieu lui a mis au cœur le désir de faire quelque chose pour Jérusalem, pour ses coreligionnaires qui s’y trouvent dans des circonstances peu enviables. Ainsi l’Eglise, nos églises ne sauront pas vivre sans notre réponse à l’appel que Dieu nous lance et qui fait de nous des serviteurs, dans le sillage de Jésus Christ. Celui qui est venu non pour être servi mais pour servir. Encore faut-il savoir et mesurer les exigences du service. Car servir, c’est accepter de donner du temps, de l’énergie. C’est se donner de la peine. Cela se passe par le respect de l’autre, par une volonté et une capacité à travailler ensemble en acceptant, en s’adaptant à la variété des intelligences et des tempéraments.
Je viens au troisième aspect que j’aimerais souligner. Néhémie dans tout ce qu’il entreprend met sa confiance en Dieu. La reconstruction des murailles est, certes, importante, mais à aucun moment Néhémie oublie que le rempart essentiel, c’est Dieu. C’est en Lui qu’il met sa confiance. C’est autour de Sa Parole qu’il pense reconstituer la communauté. Comme Néhémie nous avons une œuvre considérable à faire. Une œuvre à reprendre chaque jour de nouveau, dans l’humilité, dans la faiblesse, et surtout dans la confiance en Dieu qui Lui peut infiniment plus que nous le pensons ou le voulons. Nous comprenons alors que Néhémie, malgré ses talents, son caractère, son courage se tourne vers Dieu pour le prier et lui dire : « Et maintenant Seigneur, fortifie-moi ! « Que ce soit aussi notre prière personnelle et collective : « Oui, nous avons une grande œuvre à faire, maintenant Seigneur, fortifie-nous ! »

Amen

Voici les dessins des enfants de l’école du dimanche:

Evènements
  • 13 juillet Bénédiction religieuse d’un mariage
  • 14 juillet: Pas de culte à Numansdorp, mais à la Trinitatiskapel à Dordrecht
  • 18 juillet Consistoire