Lettre pastorale du Jeudi-Saint, 9 avril 2020

Chers membres et amis de l’Église Wallonne
à Dordrecht, Bréda et Middelbourg,

Ce sont des jours et des semaines extrêmement difficiles que nous vivons. Comme si la menace de la mort et le sentiment d’abandon s’étaient donné rendez-vous en cette deuxième semaine du mois d’avril 2020. Le deuil et la morosité qui accompagnent traditionnellement la célébration liturgique de la semaine sainte ; le souvenir d’années sombres avec le 75e anniversaire de la mort du théologien Dietrich Bonhoeffer, mort dans les camps de concentration le 9 avril 1945 ; à quoi s’ajoutent les circonstances particulières de cette année, la pandémie du coronavirus qui, depuis novembre 2019, sévit et a déjà fait des dizaines de milliers de morts de par le monde.

Nos consistoires ont bien fait de supprimer tous les cultes prévus pour ce mois d’avril. Ainsi, nous voilà de façon tout à fait exceptionnelle privés de la possibilité de célébrer, dans l’église et en communauté, Jeudi-saint, Vendredi-saint et Pâques. D’où cette lettre pastorale que j’ai pris l’initiative de vous envoyer ce jeudi 9 avril, qui sera suivie d’une seconde demain.

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Jeudi-saint, célébration du dernier repas de Jésus avec ses disciples (Matthieu 26, à partir du verset 20 jusqu’à la fin du chapitre). En relisant ce texte aujourd’hui, ce qui me saute aux yeux, c’est le fait que Judas, après l’annonce de sa trahison, reste pour le repas de la cène avec le groupe des disciples et Jésus (Mt 26,20-25). Idem en ce qui concerne Pierre, qui deviendra plus tard l’un des disciples exemplaires mais incarne ici le reniement (Mt 26,30-35) ! Les deux disciples fautifs, les deux infidèles demeurent dans la compagnie du Maître et de leurs frères. Pas d’exclusion ni de condamnation. Pas davantage à l’égard du serviteur du grand prêtre ni du disciple qui lui tranche l’oreille (Mt 26,51), que le quatrième évangile désigne sous les noms de Malchus et Pierre (Jn 18,10-11) ; au contraire, c’est l’occasion du dernier miracle de Jésus, remettre l’oreille à sa place. Et toujours pas de condamnation pour tous ceux qui abandonnent la partie au dernier moment : Alors les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite (Mt 26,56) ! Ce qui me saute aux yeux, c’est que, tandis que par ailleurs il dénonce les actes de violence et de lâcheté, on dirait que Jésus ne condamne ni ne rejette ceux qui les commettent !

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Soixante-quinze ans après l’exécution, par le régime nazi, du pasteur et théologien allemand Dietrich Bonhoeffer, cette bienveillance extrême du Christ est sans doute l’un des biens les plus précieux qu’il nous ait transmis en héritage. En nous invitant à la mettre en pratique à notre tour : Pardonner à ceux qui nous ont offensé… et rester ensemble, dans l’épreuve !

Serait-ce en définitive l’essentiel du message évangélique ? Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !

Pr R.-L. Dewandeler

Dieu vient à tous les hommes dans leur détresse,
les rassasiant corps et âme de son pain.
C’est pour eux, chrétiens et païens, qu’il meurt sur la croix,
afin de leur donner à tous son pardon.

Dietrich Bonhoeffer, ‘Chrétiens et païens’, juillet 1944
(cf. le cantique 47/09 du recueil Alléluia)

Evènements

9 juin 20h00: Consistoire, Trinitatiskapel, Kosterij