Lettre pastorale du Vendredi-Saint, 10 avril 2020

Chers membres et amis de l’Église Wallonne
à Dordrecht, Bréda et Middelbourg,

Hier, je vous ai envoyé à l’occasion du jeudi-saint un premier courrier, où je soulignais le lien entre trahison, abandon, reniement de la part des proches de Jésus et l’amour ultime qu’il leur manifesta, évocation du pardon annoncé déjà dans la prière à Notre Père : Pardonne-nous nos offenses, comme nous : pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

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Aujourd’hui, vendredi-saint, commémoration du procès, de la mise en croix et de la mort de Jésus. Tout semble terminé. Il y eut des ténèbres sur toute la terre. Vers trois heures, Jésus s’écria d’une voix forte : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?… Puis criant à nouveau d’une voix forte, Jésus rendit l’esprit ! (Mt 27,45-46.50)

Ainsi, après Judas, Pierre et tous les disciples (Mt 26), c’est l’abandon de Dieu lui-même que Jésus éprouve. Peut-être le sentiment de n’avoir plus aucune chance de survie, ou d’être désormais absolument seul, ou de ne plus pouvoir lutter parce que la partie est assurément perdue contre un malheur qui est trop grand et trop fort. Et comme pour souligner que tout est bien fini, l’évangéliste raconte la mise au tombeau, avec force détails : les femmes regardent à distance, Joseph d’Arimathée rend le dernier hommage, la mention de Pilate semble officialiser le décès. Le chapitre se termine par une scène de deuil : Marie de Magdala et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre ! (Mt 27,61)

La mort, marque authentique de notre finitude humaine. Et de l’inconnu. Et de ce qui adviendra, ou de ce qui n’adviendra plus jamais. Tout est terminé. Célébrer Vendredi-saint, c’est reconnaître dans le récit de Jésus en croix l’humaine confrontation à des situations sans issue. Ou du moins à la crainte de cette confrontation, la peur du vide, l’angoisse au cœur des ténèbres de l’existence.

Un peu comme nous le vivons en ces temps où nous nous sentons menacés par un virus qui fait le tour du monde et sévit universellement, sans s’embarrasser des frontières ni des classes sociales ni des couleurs de peau.

Vendredi-saint se clôt sur le silence et le vide absolus. Dieu entendra-t-il encore ?

Pr R.-L. Dewandeler

Nous voulons attendre en silence
ton appel à des temps nouveaux,
lorsque ta main calmera la tempête
et que ta volonté fera merveille.
Frères, jusqu’à l’heure où la nuit s’en ira,
priez pour moi.

Dietrich Bonhoeffer, extrait de ‘Voix nocturnes’
(cf. le cantique 47/23 du recueil Alléluia)

Evènements

9 juin 20h00: Consistoire, Trinitatiskapel, Kosterij